Réseaux sociaux, une approche pour chaque secteur

Article paru dans ICT Journal Avril 2011 dans le dossier Social Intelligence

Fabrice Perrin, Blue-Infinity : Vous réalisez des réseaux sociaux depuis plusieurs années. Mais quand est-ce que vous avez réellement démarré la création de réseaux privés pour les entreprises ?

Raphaël Briner, HyperWeek : L’été passé. Je présentais ma plateforme HyperWeek dans un startup corner Alpict à la conférence Lift. Plusieurs grandes entreprises de la région se sont montrés intéressées par notre produit et cela a débouché sur plusieurs mois de travail collaboratif avec elles.  Il était très intéressant de croiser les retours et de repenser notre plateforme dans un environnement qui est complètement remis en question face à la montée en puissance des nouveaux comportements induits par Facebook et Twitter.

Fabrice Perrin : Beaucoup de sociétés romandes ont déjà intégrés des wikis, des blogs et des outils de partage de fichiers. Comment est-ce qu’une plateforme sociale s’interface avec ceux-ci ? Complémentaire ? Concurrente ?

Raphaël Briner :  Il existe une constellation incroyable d’outils collaboratifs. Les développeurs choisiront plutôt un outil comme Github alors que des vendeurs opteront plutôt pour un SalesForce Chatter. Ces outils ne comprennent pas forcément des fonctionnalités d’édition collaborative (wiki) ou de rédaction d’articles (blog).  Je suis convaincu que c’est complémentaire, pour autant qu’il y aie une bonne connexion entre les outils. Une plateforme sociale doit fondamentalement jouer un rôle de centrale et un connecteur LDAP est essentiel . On le voit très bien avec Facebook ou Twitter. Il s’agit de propager des informations que l’on estime pertinente pour nos collègues proches et lointains, avec si possible un contexte autour de cette information. Nous avons de longs débats à l’interne, pour savoir quand est-ce qu’une information doit rester non-structurée et quand est-ce qu’il est vital que le cadre soit rigide, structuré et l’accès contrôlé.  Facebook a également ce problème : fanpages, anciens groupes, nouveaux groupes, community page et profil, cela fait 5 façons différentes de publication, un enfer pour les responsables marketing.

Fabrice Perrin : Et quelles sont vos conclusions ?

Raphaël Briner :  Que les deux approches sont strictement nécessaire. Un utilisateur doit pouvoir émettre simplement depuis son profil, partager un lien, informer d’une situation donnée, sans être contraint d’ajouter un contexte, qui selon les plateformes sont soit un groupe, soit un projet, soit un tag, soit une tâche. Certains produits parlent d’espaces ou « spaces ». Le groupe est entretemps devenu le terme le plus générique et le plus souple. Il est incontournable par contre pour rassembler contenu et individus, le tag étant trop incontrôlable.

Fabrice Perrin :  Le tag serait mort ?

Raphaël Briner :  Pour mieux ressusciter. Twitter nous a appris une chose, que le tag pouvait faire partie intégrante d’un titre/microblog de la même manière que l’on joue avec le point d’exclamation. Par contre l’obligation de tagger ou d’associer à des albums ses contenus est un nogo pour les utilisateurs. De plus, avec l’arrivée du sémantique en entreprise, l’auto-tag sera possible.

Fabrice Perrin :  D’accord, mais autant de contenu non-structuré, n’est-ce pas une avalanche sur un terrain hors-piste ?

Raphaël Briner :  La métaphore est tout à fait adéquate. La perception du danger du hors-piste est intimement liée à l’encadrement, à l’équipe qui nous entoure. Tout seul, c’est une mauvaise idée le hors-piste. C’est LE point-clé de Facebook et des plateformes sociales : Mes activités sont avant tout suivies par des personnes qui se sont abonnés à mon profil, qui sont d’accord de devoir trier l’information. En journalisme, on appelle ça l’heureux hasard et chez les geeks serendipity. Ce concept de souscription va prendre un certain temps à être assimilé, par ceux qui n’auront pas un usage concret de la plateforme. Il m’a suffit de regarder avec quelle aisance ma fille de 12 ans a adopté Facebook pour comprendre que c’est possible : Trois heures après son inscription, elle était déjà en train de jouer avec trois systèmes de communication en parallèle : chat, messages et walls.

Fabrice Perrin : La nouvelle génération sans doute, mais quid des seniors ?

Raphaël Briner : En lançant notrehistoire.ch, un site de partage d’archive, j’ai vu des profils très seniors publier des centaines de médias et se mettre en contact avec leurs pairs. Je n’ai jamais entendu le moindre reproche de leur part. Par contre les guides d’utilisation sont soignés. Il y a avant tout une question de message à faire passer  auprès des futurs utilisateurs. Il ne s’agit ni de perdre du temps comme sur Facebook, ni de se noyer dans des fonctionnalités complexes. Au contraire, c’est sans doute une des plus grandes révolutions en entreprise : il est tellement simple de faire un status update ! Ça permet de poser des questions, de soumettre des idées, de partager un lien, d’y attacher un fichier.  Bref un maître-mot : partager.

Fabrice Perrin : Comment voyez-vous l’évolution de la collaboration dans le futur ?

Raphaël Briner :  Evidemment mobile et connectée. Il est clair que nous rentrons dans un ère post-PC, où les interfaces dominantes seront tactiles. Il suffit de jeter un œil durant les réunions : des smartphones à profusion. Je continue à penser que l’email reste un format génial et qu’il demeure la clé d’une bonne plateforme sociale, tout comme la recherche sera encore plus intelligente et dynamique que jamais.

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